Avant Fast and Furious: Tokyo Drift, la Nissan 350Z était une bonne GT japonaise, appréciée des passionnés, mais loin d’être une star de posters. Après le film, surtout avec la fameuse 350Z noire de Takashi « DK », elle est devenue un symbole du drift et du tuning agressif. Entre kit carrosserie VeilSide ultra large, V6 rageur et scènes de dérive au milieu de Tokyo, le film a transformé cette propulsion honnête en véritable icône.
Le contexte : pourquoi Tokyo Drift a tout changé pour la 350Z
Quand Tokyo Drift sort en 2006, la 350Z est déjà sur le marché depuis quatre ans. Présentée en 2002, elle incarne le retour de Nissan sur le segment des coupés sportifs après la 300ZX. Sous le capot, un V6 3,5 l atmosphérique (VQ35DE), propulsion, boîte manuelle possible : la base est saine.
Mais dans la vraie vie, la 350Z n’a pas l’aura d’une Supra MK4 ou d’une Skyline R34. Elle est :
- plus lourde (environ 1 450 – 1 550 kg selon versions),
- moins facilement préparée d’origine pour des puissances délirantes,
- et surtout encore trop « jeune » pour être culte.
Tokyo Drift arrive au bon moment :
- il met en avant la culture drift japonaise (Daikoku, parkings, montagnes, garages cachés),
- il montre la 350Z comme la voiture du « méchant » mais aussi comme l’arme ultime de la dérive urbaine,
- il codifie visuellement un style : widebody, gros kit aérodynamique, jantes profondes, sons de turbo, néons, vinyles…
Résultat : des milliers de jeunes qui ne connaissaient la 350Z que de loin commencent à la voir comme « la » base parfaite pour un projet drift ou tuning radical.
La base mécanique : ce que vaut vraiment une 350Z de série
Avant de parler cinéma et fibre de verre, il faut regarder la fiche technique. Une 350Z, en configuration européenne classique, c’est :
- Moteur : V6 3,5 l VQ35DE, env. 280 ch (276 à 301 ch selon millésimes et marchés)
- Couple : env. 363 Nm
- Transmission : propulsion, boîte manuelle 6 rapports ou auto 5 rapports
- Poids : entre 1 450 et 1 550 kg
- 0 à 100 km/h : environ 5,8 – 6,0 s (en boîte manuelle, selon versions)
En pratique, ça donne quoi ?
- Un châssis équilibré, avec un bon empattement pour le drift,
- Un V6 souple, assez fiable si l’entretien est sérieux (huile, refroidissement, vidanges de boîte/pont),
- Une auto qui supporte correctement une prépa atmosphérique (ligne, admission, reprog) pour gagner 20–30 ch, et des préparations plus lourdes (turbo, compresseur) pour ceux qui acceptent d’ouvrir le porte-monnaie.
Ce n’est donc pas un monstre d’origine, mais une base cohérente : propulsion, moteur solide, pièces de châssis disponibles, architecture qui accepte du carrossage et du verrouillage de différentiel, bref, la recette idéale pour le drift.
La 350Z de Tokyo Drift : ce qu’il y a vraiment dessous le kit VeilSide
La 350Z la plus marquante du film, c’est celle du « Drift King » Takashi : noire, bodykit VeilSide, jantes profondes, allure d’aspirateur à bitume. Mais ce n’est pas juste une 350Z de concession avec un kit collé par-dessus.
Pour le film, plusieurs exemplaires ont été préparés, avec des configurations techniques différentes selon les scènes (plans dynamiques, cascades, plans statiques). On retrouve notamment :
- Kit carrosserie : VeilSide Version 3 (ou Inspiré VeilSide), élargisseurs d’ailes, bouclier avant très bas, lame proéminente, diffuseur arrière agressif, bas de caisse surdimensionnés.
- Jantes : généralement des 19 pouces profondes, style racing japonais, chaussées en pneus plutôt larges pour le grip latéral.
- Suspensions : combinés filetés pour rabaisser l’auto, limiter le roulis et permettre les angles de carrossage extrêmes nécessaires au drift.
- Freinage : sur certains exemplaires, kit de freinage majoré (étriers multi-pistons, disques ventilés/rainurés) pour encaisser les séquences de drift répétées.
Côté moteur, il faut distinguer la fiction de la réalité :
- Dans le film, on entend très clairement des sons de V6 suralimentés, beaucoup de « pschitt » de wastegate et de blow-off, pour l’ambiance.
- Sur les voitures de tournage, certaines restaient très proches de la configuration d’origine pour la fiabilité et la simplicité sur les cascades.
Hollywood privilégie la cohérence visuelle à la stricte vérité mécanique. Mais le message passe : une 350Z peut devenir une arme de drift impressionnante, à condition de combiner look radical et préparation châssis digne de ce nom.
Pourquoi cette 350Z est devenue une icône tuning
La 350Z de Tokyo Drift a coché toutes les cases pour s’imposer comme référence dans le milieu tuning :
- Un look immédiatement reconnaissable : même sans être passionné, on se souvient de « la 350Z noire avec le gros kit ». Large, basse, agressive, elle renvoie à tout ce que le tuning des années 2000 aimait : excès, surdimensionnement, effet « show car ».
- Une esthétique japonaise, mais exportable : VeilSide, c’est du pur JDM (Japanese Domestic Market), mais le design reste « lisible » pour le grand public : gros pare-chocs, ailes bombées, jantes énormes. Résultat : les préparateurs du monde entier s’en inspirent, même sans coller du véritable VeilSide (trop cher, trop rare).
- Une base accessible en occasion : quelques années après la sortie du film, les 350Z d’occasion commencent à devenir abordables. En France, on trouve des exemplaires autour de 10 000–12 000 € au début des années 2010, parfois moins aujourd’hui, ce qui en fait une base crédible pour un projet tuning.
- Une auto cohérente avec la culture drift : propulsion, V6, équilibre, possibilité de monter un différentiel autobloquant, réglages de carrossage… On n’est pas sur une traction maquillée en drift car pour faire joli.
Résultat, dans les meetings, les forums et les réseaux sociaux, le combo « 350Z + gros kit + jantes larges + position de drift » devient un classique. Même ceux qui roulent en 350Z plus discrète se réfèrent souvent à la Tokyo Drift comme « version extrême ».
Copier la 350Z de Tokyo Drift : budget, pièges et vraies priorités
Si on veut transformer une 350Z de série en réplique (ou en inspiration) Tokyo Drift crédible, il faut être honnête : ce n’est pas qu’un wrapping noir et un autocollant VeilSide.
1. Bodykit et carrosserie
- Kit carrosserie type VeilSide : un vrai kit de marque, c’est plusieurs milliers d’euros (3 000–6 000 € selon provenance, pièces, frais de port, douane).
- Montage + ajustement + peinture : la fibre ou l’ABS ne se montent jamais « plug and play ». Il faut ajuster, mastiquer, préparer, peindre. Ajouter facilement 2 000–4 000 € pour un travail propre.
Un kit bas de gamme à 800 € importé à la va-vite, mal ajusté, donnera une 350Z qui frotte partout, fissure au moindre dos-d’âne et vieillit mal. À ce niveau, mieux vaut parfois un kit plus sobre mais de qualité.
2. Suspensions et châssis
- Combinés filetés corrects : 800–1 500 € pour avoir du réglable et du sérieux (hauteur, dureté, parfois carrossage).
- Silentblocs renforcés, bras réglables : pour ajuster le carrossage et la géométrie dans une optique drift, compter encore 500–1 000 €.
- Différentiel autobloquant : si la voiture n’en est pas équipée d’origine (ça dépend des versions et marchés), il faudra prévoir 800–1 500 €.
C’est cette partie-là qui fait vraiment la différence sur route ou sur circuit. Une 350Z très belle mais posée sur des ressorts courts bas de gamme ne se comportera jamais comme la voiture du film.
3. Moteur et puissance
Une 350Z de série, bien entretenue, drift déjà très correctement. Mais pour coller à l’image de la voiture du film, beaucoup visent 350–400 ch. Les options :
- Prépa atmo soft : admission, ligne, collecteurs, reprog. Gain réel : 15–25 ch, un peu plus de couple, meilleure sonorité. Budget : 1 500–3 000 €.
- Turbo ou compresseur : c’est là que ça se complique. Kit complet, gestion, refroidissement, éventuellement renforts internes si on vise gros. Budget courant : 7 000–15 000 € selon choix, sans compter embrayage renforcé, etc.
La vraie question : est-ce nécessaire ? Pour un usage route + petits roulages drift occasionnels, une 350Z autour de 300 ch bien réglée, avec un autobloquant et un bon setup châssis, sera largement suffisante pour se faire peur.
4. Freinage
- Un kit disques + plaquettes sport + liquide haute température : 600–1 000 € pour fiabiliser le freinage en usage intensif.
- Kit gros freins (étriers multi-pistons) : 1 500–3 000 € si on veut suivre le niveau de performance moteur et châssis.
Sur une 350Z tunée « show only », peu de gens investissent là-dedans. Sur une 350Z qui roule fort, c’est tout l’inverse : c’est une des premières choses à faire.
Fiabilité et usage réel : la 350Z façon Tokyo Drift au quotidien, bonne idée ?
Une 350Z très radicale visuellement est spectaculaire en photo, mais moins marrante quand il faut :
- passer les ralentisseurs de votre ville,
- enjamber les trottoirs pour se garer,
- affronter la pluie avec des pneus semi-slick extra larges.
Sur le plan mécanique, quelques points à surveiller :
- Consommation : entre 11 et 14 l/100 km en conduite paisible, bien plus si on commence à jouer au DK. Avec une prépa suralimentée, on monte encore facilement.
- Refroidissement : en drift, la température d’huile grimpe vite. Un radiateur d’huile additionnel devient presque indispensable.
- Embrayage et transmission : avec plus de couple et des départs en drift répétés, l’embrayage d’origine souffre. Prévoir du renfort, et donc du budget.
- Frein à main : pour un usage drift sérieux, un frein à main hydraulique dédié est souvent monté, ce qui implique des modifications sur le circuit de freinage (à faire proprement, pas à la sauvage dans un garage de fortune).
Et puis il y a la partie administrative : assurance, homologation des modifications, contrôle technique. Un kit large, des voies élargies au-delà du raisonnable, une hauteur de caisse non conforme ou un échappement trop bruyant peuvent transformer la 350Z de vos rêves en cauchemar administratif.
Ce que la 350Z Tokyo Drift a laissé au monde du tuning
Vingt ans après sa sortie, Tokyo Drift reste la référence visuelle de toute une génération de passionnés. La 350Z de Takashi a laissé plusieurs héritages très concrets :
- La démocratisation du style « widebody agressif » sur des propulsions modernes : avant ça, beaucoup de projets tuning restaient sur des voitures plus modestes (Civic, Golf, Eclipse). La 350Z a montré qu’on pouvait aller très loin sur une sportive relativement récente.
- L’association 350Z = drift : dans la tête du grand public, la 350Z devient presque une « voiture de drift » par nature. On la voit de plus en plus en compétitions de drift amateurs, en journées open et sur les parkings des rassemblements JDM.
- La montée en cote d’image : même si ça n’a pas transformé la 350Z en collector absolu, son aura s’est clairement renforcée. Une 350Z propre, légèrement préparée, garde une image positive largement nourrie par le film.
Et pour ceux qui ne veulent pas, ou ne peuvent pas, se payer une vraie 350Z, la voiture sert encore de modèle dans les jeux vidéo (Forza, Gran Turismo, Need for Speed, etc.) et dans le simracing. Même virtuellement, beaucoup reproduisent « la Z de Tokyo Drift » : même teinte, même kit, même ambiance.
Faut-il encore s’inspirer de la 350Z de Tokyo Drift aujourd’hui ?
En 2026, copier à l’identique la 350Z du film peut sembler un peu daté : gros kits 2000s, néons, vinyles flashy… Mais l’esprit reste intéressant si on l’adapte :
- Garder : le côté drift assumé, la propulsion bien réglée, la largeur de voie, la position basse, le différentiel autobloquant, le travail sérieux sur suspensions et freinage.
- Adapter : le style visuel, en allant vers des widebody plus propres, des teintes sobres (Nardo, gris, noir profond) et des jantes racing modernes.
- Moderniser : éclairage full LED, électronique embarquée, gestion moteur moderne, sièges baquets homologués route, etc.
En pratique, la meilleure manière d’honorer la 350Z de Tokyo Drift n’est pas forcément de la copier au millimètre, mais de reprendre sa philosophie : une auto pensée pour glisser, construite avec une base cohérente, préparée avec des choix techniques assumés, et pas seulement avec un configurateur d’autocollants.
La 350Z du « Drift King » a fait rêver une génération entière avec ses passages en travers au milieu des taxis japonais. À vous de décider si votre projet ira jusqu’au kit large qui rase le bitume ou s’arrêtera à une 350Z propre, affûtée, prête à aller fumer un train de pneus sur circuit. Dans tous les cas, une chose est sûre : si la 350Z est devenue une icône du tuning, ce n’est pas un hasard, mais le résultat d’un châssis bien né, d’un film culte et d’une culture drift qui n’a aucune envie de lever le pied.