Sur le marché des youngtimers de prestige, la Mercedes 190E 2.5-16 Evolution II joue clairement dans la cour des grandes. On n’est plus dans la simple berline sportive, mais dans l’objet de culte homologué pour le DTM, produit à un peu plus de 500 exemplaires. Résultat : des prix qui donnent le vertige, une offre rarissime, et une question qui revient à chaque discussion entre passionnés : est-ce que ça peut encore monter… ou est-on déjà au sommet ?
Rappel : ce qu’est vraiment une Mercedes 190E 2.5-16 Evolution II
Avant de parler prix, il faut rappeler ce qu’on a sous les yeux. Beaucoup confondent “190 16 soupapes”, “Evo I” et “Evo II”. Or, sur le marché, quelques détails techniques font varier la cote de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Base commune : la 190E 2.3-16 puis 2.5-16, quatre-cylindres atmosphérique développé avec Cosworth, bloc M102, culasse 16 soupapes, orientation clairement sportive pour l’époque. C’est cette base qui va servir de socle aux versions de course du DTM à la fin des années 80.
Ensuite, Mercedes sort deux séries limitées pour coller au règlement d’homologation :
- Evolution I (1989) : environ 502 exemplaires, 2.5-16 revu, kit carrosserie élargi, suspensions réglables, freins optimisés.
- Evolution II (1990) : de nouveau 502 exemplaires, le modèle qui nous intéresse ici. Aérodynamique radicale (aileron réglable, extensions d’ailes, lame avant proéminente), moteur 2.5-16 porté à 235 ch en version route, châssis affûté, jantes 17 pouces spécifiques.
Techniquement, l’Evo II c’est :
- 4 cylindres 2.5 16S, environ 235 ch à 7 200 tr/min
- Boîte manuelle 5 rapports à grille inversée
- Propulsion, différentiel autobloquant
- Suspension hydropneumatique à hauteur variable
- Environ 1 340 kg
Et surtout, une image : celle de la berline Mercedes qui vient jouer les trouble-fête face à la BMW M3 E30 en DTM. Sur le marché actuel, cette histoire pèse aussi lourd que la fiche technique.
Prix actuel d’une Mercedes 190 Evo 2 : où en est-on vraiment ?
En 2010, on trouvait encore des Evo II en dessous de 60 000 €. En 2024, la donne n’a plus rien à voir. Les transactions se font désormais dans une autre dimension. Les chiffres ci-dessous sont des fourchettes réalistes constatées en Europe (France, Allemagne, Suisse, Pays-Bas) sur les 24 derniers mois.
Pour une 190E 2.5-16 Evolution II :
- Entrée de gamme “collectible roulante” (historique partiel, kilométrage élevé 150 000+ km, quelques modifications réversibles, peinture refaite) : 180 000 à 220 000 €.
- Bel exemplaire cohérent (matching numbers, carnet ou factures suivies, 80 000 à 150 000 km, peinture correcte, intérieur propre, quelques travaux à prévoir) : 220 000 à 260 000 €.
- Très bel exemplaire (historique limpide, 50 000 à 100 000 km, première peinture ou excellente restauration, configuration d’origine, pas de tuning douteux) : 260 000 à 320 000 €.
- Top collector (faible kilométrage < 30 000 km, historique complet, souvent 1ère main ou 2 propriétaires, exemplaire concours) : 320 000 à 400 000 €+ suivant ventes aux enchères et provenance.
À titre indicatif, plusieurs ventes internationales récentes (mais pas forcément en France) ont vu des Evo II surpasser les 350 000 € pour des exemplaires très peu kilométrés, souvent noirs Blauschwarz, avec historique Mercedes béton. Le marché français reste un peu en retrait des très grosses enchères anglo-saxonnes, mais l’écart se réduit.
Important : une simple 190E 2.5-16 “classique” ou même une Evolution I ne joue pas dans les mêmes eaux. On parle plutôt :
- Pour une 2.5-16 propre : 35 000 à 60 000 €.
- Pour une Evo I : 130 000 à 200 000 € selon l’état.
D’où les annonces parfois “créatives” qui mélangent les appellations pour faire gonfler la facture. Avant de fantasmer sur “l’affaire du siècle”, il faut vérifier précisément ce qu’on vous vend.
Pourquoi la cote de la 190 Evo 2 est montée si haut ?
La flambée n’est pas que spéculative. Certes, l’argent facile des années 2020 a arrosé le marché des autos de prestige, mais l’Evo II a plusieurs atouts très concrets.
1. Une vraie auto d’homologation, pas un simple pack esthétique
On ne parle pas d’une AMG Line moderne, mais d’une voiture développée pour gagner en DTM. Suspension spécifique, moteur affûté, aérodynamique mesurée en soufflerie, production limitée. Ce genre d’objet ne se fait quasiment plus.
2. Une image de légende en compétition
La 190 Evo II, c’est :
- Le DTM du début des années 90, époque où les berlines de tourisme étaient encore proches de la série.
- Le duel frontal avec la BMW M3 E30, aujourd’hui elle aussi intouchable en cote.
- Des victoires et une présence marquante sur la grille, avec le fameux aileron réglable qui a choqué autant qu’il a fasciné.
Sur une auto de collection, l’histoire compte parfois autant que les perfs pures.
3. Une configuration très “youngtimer”
Boîte manuelle, 4 cylindres qui prend des tours, pas d’aides envahissantes, mais une vraie utilisation possible sur route ouverte. Ce n’est pas une supercar inconduisible, c’est une berline compacte à l’ancienne, qu’on peut emmener sur un col ou un circuit club sans se battre avec 700 ch et des pneus de 305.
4. Une rareté structurelle
502 exemplaires construits, point barre. Parmi eux, certains ont été accidentés, transformés pour la piste, mal entretenus. Le nombre d’exemplaires vraiment nets disponibles à la vente est ridiculement faible. Dans le même temps, la demande est mondiale : Europe, États-Unis (où la 190 16S est désormais éligible à l’import), Moyen-Orient, Asie…
Comparée aux autres youngtimers de prestige : où se situe l’Evo 2 ?
Pour comprendre si la cote est logique ou délirante, il faut la mettre en face de ses “rivales naturelles”.
- BMW M3 E30 Sport Evo : production plus importante que la 190 Evo II, mais aura équivalente en compétition. Cote actuelle 200 000 à 300 000 € pour les très beaux exemplaires. Globalement, l’Evo II est désormais au moins au même niveau, parfois au-dessus.
- Ford Sierra RS Cosworth / Escort Cosworth : 50 000 à 120 000 € pour les plus belles. Moins premium, image plus “populaire”, mais gros pedigree rallye. Nettement moins chère qu’une Evo II, ce qui rend la Mercedes presque “rationnelle” dans sa sphère.
- Porsche 964 RS / 993 RS : sur une 964 RS propre, on est déjà souvent à 250 000 €+. Pour une 993 RS, on dépasse très facilement les 400 000 €. Dans ce contexte, une 190 Evo II bien achalandée à 250/300 k€ n’est pas complètement hors-sol.
L’Evo II se situe donc dans le haut du panier des youngtimers d’homologation, au niveau des Porsche RS et des M3 les plus pointues. Elle n’est plus une alternative “abordable”. C’est une pièce maîtresse de collection, avec un prix en rapport.
État du marché : apogée, plateau ou début de la descente ?
Après une hausse assez violente entre 2015 et 2022, le marché s’est calmé, mais pas effondré. Ce qu’on observe aujourd’hui :
- Moins de transactions visibles : les très beaux exemplaires se vendent souvent de particulier à particulier, via réseaux de collectionneurs ou marchands spécialisés, sans passer par les annonces grand public.
- Des prix “demandés” parfois optimistes : voir une Evo II affichée 400 000 € ne veut pas dire qu’elle se vendra à ce prix. Les annonces traînent souvent des mois.
- Un tri par la qualité : les voitures mal documentées, kilométrées, ou bricolées peinent à partir. À l’inverse, un bel historique justifie pleinement un tarif élevé.
- Un marché plus sélectif, moins euphorique : la hausse des taux, la baisse de certaines cryptos et la fin de l’argent gratuit ont un effet : les achats purement spéculatifs se font plus rares.
En clair : oui, les prix sont très hauts. Non, ce n’est pas la bulle artificielle totale. On est plutôt sur un plateau haut, avec des ajustements à la marge selon la qualité des autos.
Faut-il acheter une 190 Evo 2 aujourd’hui ?
Question qui fâche. Si vous rêviez d’en avoir une “un jour”, ce jour-là est déjà derrière nous en termes de budget raisonnable. À ces niveaux de prix, on ne parle plus d’achat passion au sens large, mais d’un achat de passionné très fortuné… ou déjà collectionneur aguerri.
Quelques critères pour savoir si cela a du sens pour vous :
- Budget d’achat : même en visant “l’entrée de gamme” à 180 000 €, il faut ajouter frais de mise à niveau potentiels, carte grise, assurance spécialisée, stockage adapté.
- Capacité d’immobiliser du capital : ce n’est pas une voiture qu’on retourne au bout de 6 mois. Il faut pouvoir l’assumer sur plusieurs années sans compter sur une plus-value rapide.
- Accès à un réseau de spécialistes : pour l’entretien d’une suspension hydropneumatique, de pièces spécifiques de carrosserie ou de trains roulants rares, le bon mécano fait toute la différence.
- Usage envisagé : rouler régulièrement ? Simplement la démarrer de temps en temps ? Sorties circuits ? Chaque scénario a un impact sur l’usure, l’assurance et donc le coût d’usage.
Si votre objectif principal est le plaisir de conduite d’une 190 16 soupapes, une 2.3-16 ou une 2.5-16 “standard” offre déjà 70 % de l’expérience pour 20 % du prix. L’Evo II, elle, est devenue un objet de collection avant d’être une arme pour cramer du pneu tous les week-ends.
Les pièges à éviter sur une Evo 2
À ce niveau de cote, la moindre approximation se paie très cher. Avant de signer, certains points sont non négociables.
1. L’authenticité
- Vérifier le numéro de série (VIN) et le code de version (W201.036 pour les Evo II).
- Comparer les équipements avec les fiches d’origine : jantes, aileron, kit carrosserie, intérieur, couleur.
- Se méfier des “répliques” très bien faites à partir de 2.5-16 + kit carrosserie. Ça existe, parfois vendu sans mauvaise intention, parfois si.
2. L’historique
- Carnet d’entretien, factures, contrôles techniques, relevés kilométriques… Sur une auto de ce prix, un historique troué doit automatiquement faire baisser la valeur.
- Vérifier les pays d’origine : certaines ont beaucoup voyagé, changées de mains de nombreuses fois, ou connu des périodes “opaques”.
3. L’état mécanique et structurel
- Corrosion : même une Mercedes rouille, surtout si elle a roulé sur routes salées ou dormi dehors. Bas de caisse, passages de roue, points de levage à inspecter.
- Suspension hydropneumatique : fuites, sphères fatiguées, compresseur, correcteur d’assiette… Une remise en état complète coûte vite plusieurs milliers d’euros.
- Moteur : bruit de chaîne, montées en température, fuites d’huile, compressions. Un M102 16S malmené ou mal entretenu peut demander une réfection coûteuse.
4. Les pièces spécifiques
- Kit carrosserie Evo II (aileron, boucliers, ailes élargies) : certaines pièces sont rarissimes et chiffrent à 4 ou 5 chiffres pièce pour des éléments neufs ou NOS.
- Intérieur (sièges, volant, instrumentation) : refaire un intérieur à l’identique coûte cher, et certains tissus ne sont plus disponibles.
Passer par un expert indépendant ou un spécialiste Mercedes/Youngtimer pour inspecter l’auto avant achat est quasiment obligatoire à ce niveau de mise.
Quel futur pour la cote de la 190 Evo 2 ?
Projection toujours délicate, mais on peut raisonnablement avancer quelques scénarios à horizon 5–10 ans.
Scénario 1 : plateau haut, légère progression des meilleurs exemplaires
C’est le plus probable. La génération qui a connu ces autos neuves a aujourd’hui le pouvoir d’achat pour les acheter. Les très beaux exemplaires, peu kilométrés, resteront rares et recherchés, avec des hausses modérées mais régulières. Les exemplaires moyens stagneront ou subiront des corrections si le marché global se tasse.
Scénario 2 : correction légère en cas de crise économique
En cas de gros retournement macro (taux, immobilier, marchés actions), les autos de collection chères peuvent perdre temporairement 10–20 %. L’Evo II, comme d’autres icônes (F40, RS, M3 Sport Evo), est cependant suffisamment installée dans la “cour des légendes” pour éviter le crash brutal. Mais l’acheteur purement spéculatif pourrait se retrouver coincé.
Scénario 3 : raréfaction de l’usage routier
Entre ZFE, restrictions CO₂, durcissement de certaines réglementations, l’usage en ville va se compliquer. Toutefois, ce type de véhicule roule déjà peu, principalement en sorties de loisir ou événements. L’impact sur la cote sera donc limité par rapport à des youngtimers plus “daily”.
Dans tous les cas, tabler sur un doublement de valeur rapide relève plus du rêve que de l’analyse. L’Evo II a déjà fait l’essentiel de sa carrière haussière. Le futur ressemble plus à une consolidation haut de gamme qu’à un nouveau décollage.
Pour qui l’Evo 2 reste un bon choix, et quelles alternatives regarder ?
La 190 Evo II a encore du sens pour :
- Un collectionneur déjà bien équipé (Porsche, M, Ferrari classiques) qui veut compléter la “case DTM” avec une pièce majeure.
- Un passionné de Mercedes historiques (300 SL, AMG 90’s, etc.) qui veut la 190 ultime.
- Un investisseur-passionné capable d’assumer entretien, stockage et immobilisation de capital sans pression.
Si vous êtes plutôt dans une optique passion/usage à budget “fort mais pas stratosphérique”, des alternatives plus cohérentes existent :
- 190E 2.3-16 ou 2.5-16 : même philosophie, un peu moins de théâtre visuel, beaucoup plus accessible. Cotes encore raisonnables au regard du plaisir proposé.
- BMW E36 M3 ou E46 M3 : plus modernes, plus rapides, mais encore affichées à des niveaux “terrien” par rapport à la M3 E30 ou à l’Evo II.
- Mercedes C36 / C43 AMG (W202) : V8 ou 6 cylindres, image AMG en pleine ascension, encore sous-cotées par rapport à leur potentiel historique.
- Ford Sierra / Escort Cosworth : pour retrouver le côté auto d’homologation avec un budget plus “humain”, au prix d’un côté plus brut de décoffrage.
Au final, la 190E 2.5-16 Evolution II a déjà pris sa place dans le panthéon des youngtimers de prestige. Son prix reflète autant son histoire que sa rareté et sa fiche technique. On n’est plus dans la bonne affaire, mais dans la pièce de musée roulante. À vous de voir si vous voulez la regarder derrière une vitre… ou dans votre garage.
