Une McLaren F1… et Mr Bean au volant : vraiment ?
Pour beaucoup, la voiture de Mr Bean, c’est une Mini verte avec un capot noir. Point. Mais derrière le personnage maladroit se cache Rowan Atkinson, un passionné d’automobile, pilote amateur sérieux, qui a possédé l’une des plus incroyables supercars de l’histoire : une McLaren F1. Oui, la même auto que beaucoup considèrent encore aujourd’hui comme la « vraie » hypercar ultime.
Cette McLaren F1, châssis n°061, est devenue célèbre pour deux raisons : son propriétaire (un comédien mondialement connu) et son histoire mouvementée, avec deux gros accidents et des factures d’assurance record. Pourtant, malgré ce passé agité, sa valeur a explosé. Pourquoi ? Comment ? Et combien vaudrait aujourd’hui la « McLaren F1 de Mr Bean » si elle revenait sur le marché ?
Contexte : la McLaren F1, une légende roulante
Avant de parler de Mr Bean, il faut comprendre ce que représente une McLaren F1 dans le paysage auto.
Quelques chiffres pour situer la bête :
- Production totale : 106 exemplaires (toutes versions confondues)
- Dont environ 64 versions « route » strictes
- Moteur : V12 6.1 atmosphérique signé BMW Motorsport (type S70/2)
- Puissance : environ 627 ch à 7 400 tr/min
- Boîte : manuelle à 6 rapports, propulsion
- 0 à 100 km/h : environ 3,2 s
- Vitesse de pointe : 386 km/h (record de voiture de série en 1998)
- Poids : autour de 1 140 kg à vide
Tout est extrême sur une F1 : position de conduite centrale, sièges passagers décalés, habitacle tapissé d’or pour réfléchir la chaleur, usage massif de carbone et de titane… Ce n’est pas une supercar “instagrammable”, c’est une machine pensée par des ingénieurs pour aller vite, longtemps, avec un niveau de pureté mécanique presque disparu aujourd’hui.
À l’époque, on parlait d’un tarif autour de 540 000 £, soit environ 700 000 € actuels en tenant compte de l’inflation. Une somme déjà délirante, mais qui paraît presque « raisonnable » comparée à sa valeur actuelle.
Rowan Atkinson, loin de l’idiot au volant
Rowan Atkinson n’est pas Mr Bean. Sur la route et sur circuit, c’est tout l’inverse : un conducteur appliqué, un vrai passionné de mécanique et de pilotage. Il a couru en compétition (principalement en tourisme et historics), participé à des événements comme le Goodwood Revival, et possède un historique costaud de voitures d’exception.
Avant et pendant sa période McLaren F1, il a notamment possédé :
- Aston Martin V8 Vantage
- Lancia Delta HF Integrale
- Ford Falcon de course
- Et plusieurs classiques britanniques et italiennes
Autrement dit, il sait ce que c’est que d’user des pneus, freins et embrayages sur circuit. Quand il achète une F1, ce n’est pas pour la laisser sous une housse dans un garage climatisé. Et c’est là que l’histoire devient intéressante.
L’achat de la McLaren F1 n°061 : un choix de passion, pas d’investissement
Rowan Atkinson achète sa McLaren F1 en 1997. Il choisit une configuration sobre et élégante :
- Couleur extérieure : Burgundy (une teinte bordeaux profonde)
- Intérieur : sobre, sans excentricités flashy
À cette époque, la F1 n’est pas encore devenue l’icône spéculative qu’elle est aujourd’hui. C’est une supercar extravagante, oui, mais que certains propriétaires considèrent vraiment comme un engin à utiliser. Atkinson fait clairement partie de cette catégorie : il roule avec, beaucoup.
Contrairement à la majorité des F1 qui dorment, la sienne prend des kilomètres, et pas que pour aller chercher le pain. Il l’utilise sur route ouverte, comme une voiture « normale », avec une philosophie simple : une voiture est faite pour rouler.
Premier accident : la piqûre de rappel
La première sortie de route a lieu en 1999. L’accident est relativement mineur par rapport à ce qui viendra ensuite : un choc à basse vitesse, sans gravité pour le conducteur. La voiture est réparée, remise en état, et reprend la route.
À ce stade, la McLaren F1 n°061 a déjà quelque chose de particulier : c’est l’une des rares F1 vraiment « vécues ». Elle n’est plus neuve, elle a une histoire, des km, et un propriétaire qui assume le risque d’utiliser une voiture à plus de 600 ch sur route ouverte, sans aides électroniques.
Le crash de 2011 : 910 000 £ de réparation
Le véritable épisode qui va marquer l’histoire de cette F1 arrive en août 2011. Rowan Atkinson perd le contrôle de sa McLaren F1 sur une route humide, près de Peterborough, en Angleterre. La voiture sort de la route, percute un arbre, puis un lampadaire, et prend feu.
Heureusement, Atkinson s’en sort avec des blessures relativement légères (épaule et côtes touchées). Pour la voiture, c’est une autre histoire : le châssis carbone est sérieusement atteint, l’auto est très endommagée. Sur une voiture « normale », l’expert assurance aurait probablement prononcé une épave économique.
Mais on parle d’une McLaren F1. Le constructeur accepte de prendre en charge la reconstruction dans les règles de l’art. Résultat :
- Durée de réparations : environ 1 an
- Montant pris en charge par l’assurance : autour de 910 000 £
C’est longtemps resté la réparation d’assurance automobile la plus chère jamais enregistrée au Royaume-Uni. Et c’est là que la question intéressante se pose : réparer une supercar à ce niveau de dégâts est-ce rationnel, ou purement passionnel ?
Financièrement, rétrospectivement, c’était même un « bon calcul ». La valeur des F1 était déjà en train de s’envoler, et une reconstruction usine sur un modèle aussi rare ne pouvait que renforcer sa crédibilité sur le marché, à condition que la réparation soit documentée et conforme à l’origine. C’est exactement ce qui a été fait.
Une F1 vraiment utilisée : plus de 40 000 km au compteur
Après sa reconstruction, la F1 n°061 reprend… la route. Atkinson ne se contente pas de la stocker comme une relique ressuscitée. Lorsqu’il finit par la mettre en vente, en 2015, la voiture affiche environ 41 000 km (ou autour de 25 000 miles).
Dans l’univers des hypercars, c’est énorme. La plupart des McLaren F1 tournent autour de 5 000 à 10 000 km, parfois moins, tant leurs propriétaires ont peur de faire baisser la valeur en roulant.
Rowan Atkinson, lui, assume au micro la philosophie inverse : selon lui, on n’achète pas une F1 pour la contempler, mais pour la conduire. D’un point de vue de passionné, difficile de lui donner tort. D’un point de vue spéculatif, c’est plus discutable… sauf que le marché a fini par lui donner raison.
La vente de 2015 : de 540 000 £ à environ 8 millions £
En 2015, Atkinson décide de se séparer de sa McLaren F1. L’auto est proposée à la vente par un spécialiste, Taylor & Crawley. Le prix demandé annoncé publiquement était d’environ 8 millions de livres sterling.
Le montant final exact reste confidentiel, mais plusieurs sources sérieuses situent la transaction :
- Dans une fourchette autour de 8 à 8,5 millions £
- Soit approximativement 11 à 12 millions € au cours de l’époque
On parle donc d’une plus-value monumentale par rapport au prix d’achat initial (~540 000 £). Et ce, malgré :
- Deux accidents au compteur, dont un majeur
- Un kilométrage élevé pour ce type de voiture
Pourquoi une telle valeur ? Parce que l’équation McLaren F1 + rareté + historique clair + propriétaire médiatique connu + reconstruction usine = cocktail quasiment imbattable sur le marché des collectionneurs. Tout est traçable, documenté, transparent.
Les facteurs qui font (et boostent) la valeur de cette F1 particulière
Pour comprendre la valeur actuelle estimée de la F1 de Mr Bean, il faut regarder les critères que les gros collectionneurs utilisent :
- Rareté brute : environ 64 exemplaires route, point de départ déjà très haut.
- Icône technique : dernière hypercar « analogique » pure, sans turbo, sans aides lourdes, record de vitesse de son époque.
- Provenance : un seul propriétaire très médiatisé, connu pour être un vrai passionné, pas un simple spéculateur.
- Historique documenté : les accidents et réparations sont parfaitement connus, avec intervention officielle McLaren.
- Marché global : la cote de toutes les F1 a explosé dans les années 2010 et continue de se maintenir à un niveau très élevé.
Au final, pour certains collectionneurs, la F1 de Rowan Atkinson n’est pas « moins bien » parce qu’elle a été crashée. Elle est « plus intéressante » parce qu’elle a une vie, un récit, une authenticité. Et dans le très haut de gamme, l’histoire racontée par une voiture pèse lourd.
Combien vaut aujourd’hui la McLaren F1 de Mr Bean ?
La voiture n°061 n’est pas officiellement repassée en vente publique depuis 2015, donc il faut extrapoler à partir :
- Des ventes publiques de McLaren F1 récentes
- De l’évolution générale du marché des hypercars de collection
- De la valeur ajoutée par sa provenance « Rowan Atkinson »
Quelques repères :
- En 2017–2019, plusieurs F1 se vendaient déjà entre 15 et 18 millions $ en ventes privées.
- En 2021, une McLaren F1 avec très faible kilométrage a atteint environ 20,5 millions $ aux enchères (Gooding & Company, Pebble Beach), soit autour de 17–18 millions € à l’époque.
- Depuis, certaines transactions privées évoquées dans le milieu tournent autour de 20 à 25 millions $ pour des exemplaires très propres, faibles km, historique limpide.
En 2024, en raisonnant prudemment :
- Une McLaren F1 « standard » route, bon état, historique clair, faible kilométrage : entre 18 et 22 millions $ (en gros 16 à 20 millions €).
- Une F1 avec provenance très marquée (propriétaire célèbre, histoire forte) peut aller au-dessus, si la demande suit.
Pour la F1 de Rowan Atkinson, malgré ses accidents :
- L’historique est propre et transparent.
- La reconstruction usine est un gage de sérieux.
- Le nom Atkinson / Mr Bean ajoute une dimension médiatique unique.
Une estimation raisonnable aujourd’hui situerait sa valeur entre 18 et 22 millions $, soit environ 16 à 20 millions €, avec une vraie possibilité de dépasser cette fourchette si deux collectionneurs passionnés se retrouvent face à face dans une salle de vente. Ce n’est plus une voiture : c’est un morceau d’histoire de l’automobile et de la pop culture.
Assurance, usage réel et coût d’entretien : la face cachée du rêve
Vu depuis un canapé, tout cela ressemble à un jackpot : acheter 540 000 £, revendre potentiellement plus de 15 millions €. Mais entre les deux, la note n’est pas neutre. Surtout quand on choisit de rouler vraiment avec la voiture.
Sur un engin comme la McLaren F1, il faut compter :
- Assurance : contrat très spécifique, valeur agréée, primes élevées, franchises potentiellement lourdes, contraintes de stationnement et de kilométrage.
- Entretien : révisions en concession ou chez un spécialiste agréé, pièces rares, main-d’œuvre très qualifiée. Une grosse révision peut coûter l’équivalent d’une sportive moderne entière.
- Réparations : l’exemple des 910 000 £ post-crash montre à quel niveau on joue. Châssis carbone, pièces spécifiques fabriquées en très petites séries… tout est hors norme.
Rowan Atkinson a souvent insisté sur ce point : oui, il a gagné de l’argent en revendant sa F1. Mais entre l’assurance, les entretiens, les réparations et le coût d’usage réel, la voiture ne lui a pas « rapporté » autant que ce que certains imaginent. Elle lui a surtout apporté du plaisir de conduite et des souvenirs, ce qui, pour un passionné, est finalement la vraie monnaie.
Ce que cette histoire dit de la voiture de collection en 2024
L’histoire de la McLaren F1 de Mr Bean, c’est aussi une leçon pour tous ceux qui s’intéressent aux autos de collection, qu’elles valent 15 000 ou 15 millions €.
- Rouler n’est pas forcément un crime contre la cote : la F1 n°061 a roulé, a eu des accidents, et cela ne l’a pas empêchée de prendre une valeur colossale. Quand le modèle est exceptionnel et la demande très forte, l’usage reste toléré, voire apprécié.
- L’historique transparent vaut de l’or : un carnet clair, des réparations documentées, des factures détaillées, c’est ce qui fait la différence entre une voiture qui inspire confiance et une autre qui fait fuir.
- La provenance peut renverser les règles habituelles : normalement, une voiture accidentée perd mécaniquement de la valeur. Dans certains cas très particuliers, la combinaison « modèle mythique + propriétaire célèbre + réparation usine » peut largement compenser ce handicap.
- Une voiture reste un objet mécanique fragile : même avec un chèque de plusieurs millions, vous ne contournez pas les lois de la physique. En cas de crash sérieux, c’est l’assurance et la qualité du réseau constructeur qui font la différence.
Au final, la McLaren F1 de Rowan Atkinson incarne un paradoxe rare : une hypercar d’exception, pilotée comme une « vraie » voiture, accidentée, reconstruite, et aujourd’hui encore plus désirable que beaucoup de ses sœurs restées sous housse.
On peut débattre longtemps de la morale financière de l’histoire. Mais pour ceux qui aiment vraiment les autos, une chose est sûre : mieux vaut une F1 qui a vécu, roulé, freiné, chauffé, que trois F1 sous vide dans des box climatisés, réveillées uniquement pour traverser une salle de ventes aux enchères.